Lors de la réunion du Conseil de l’Agglomération de Rouen le 27 mars 2006 à Petit-Quevilly . Théâtre " la Foudre " Boris Lecoeur Maire de Maromme, vice-Président de l'Agglo a fait une déclaration au nom du groupe des Elus Communistes et Républicains. Nous en publions des extraits :
(...)Notre Communauté d’Agglomération va devoir, comme elle l’a fait dans le domaine sportif, préciser sa définition de l’intérêt communautaire en matière culturelle, ce qu’elle n’a pas encore fait à ce jour.
Or l’actualité nous rattrappe : il se trouve qu’au début de cette année, le Cinéma indépendant " le Melville ", confronté à une situation financière difficile, a lancé un appel pour sa survie. Appel relayé par une pétition et la constitution d’une association de spectateurs. ( Le communiqué du Melville )
Notre pays a, au fil de son histoire, construit un rapport riche à la Culture en général et au cinéma en particulier.
Au point de voir se tourner vers lui les regards et les espoirs lorsque la course à la marchandisation de tous les aspects de la vie humaine, la volonté des multinationales de soumettre ce qu’elles dénomment les " biens culturels " aux règles de l’OMC et au principe de concurrence effréné rend impérative la levée des résistances pour la défense de la diversité culturelle. Il n’est que de rappeler la démarche initiée par les Etats Généraux de la Culture à l’instigation de notre ami Jack Ralite voici deux décennies.
Le cinéma, à la fois art, industrie, et produit de diffusion de masse, est au centre de ces menaces et de ces combats.
Notre pays qui l’a vu naître s’est doté en la matière de deux atouts :
Un système envié d’avance sur recettes pour l’aide à la création. Sur lequel il nous faut toujours veiller tant il contrevient aux règles de la concurrence sauvage portées par des forces puissantes.
Un réseau de salles d’art et d’essai assurant la diffusion d’une offre diverse et de haute qualité
Nous pouvons nous honorer d’avoir sur le territoire de l’Agglomération, avec le Melville, un cinéma classé parmi les 12 meilleures salles d’art et d’essai de France.
Si des réalisateurs comme Ozon, les frères Dardenne, Arnaud Desplechins… trouvent dans l’agglo un public curieux et ouvert
Si tout habitant de l’agglo peut constater que la production cinématographique ne se réduit pas à un face à face entre production nationale et superproductions à l’américaine mais qu’il existe un cinéma mongol, kazakh, burkinabé ou georgien
S’il a pu, à l’échelle de l’Europe suivre le renouveau du cinéma anglais, dans sa dimension sociale à la Ken Loach, ou esthétisante à la Greenaway, la carrière du Danois Lars Von Trier et sa récente revisitation de la dialectique du maitre et de l’esclave, ne pas ignorer les recherches du courant " dogma ", connaître cette autre Europe qui nous arrive par les films d’Emir Kusturica ou du roumain Pintille.
S’il peut connaître le monde chinois par le Taïwanais Hou Hsiao Hsien comme par le continental Zhang Yimou
S’il a pu découvrir la différence et la virtuosité de cinéastes iraniens rusant avec la censure bien avant la palme d’or qui récompensa Samira Makhmalbaf,
S’il n’a pas perdu " le goût de la cerise "
C’est à l’existence du Melville qu’il le doit.
La pérennité de sa présence et de son action doivent être assurées. Il y va de la diversité culturelle, il y va de la place donnée à l’intelligence, à l’émotion, à l’épanouissement humain dans notre temps, il y va également Monsieur le Président, de l’image et du rayonnement de notre agglomération pour lesquels nous savons trouver les moyens. (...)
Il n’est pas anodin de le rappeler dans ce lieu de notre réunion de ce soir : A cette histoire, qui poussa Jean Renoir à tourner " la vie est à nous " ou qui mena Jean Dasté sur le carreau des mines pour les plus grands succès du répertoire classique est également redevable la volonté politique qui présida en son temps à la naissance du théâtre Maxime Gorki.
C’est pourquoi, Monsieur le Président, le groupe communiste et républicain demande instamment que soit étudié au plus vite et mis en œuvre ce que peut être la participation de l’Agglomération a la sauvegarde du Melville dont l’intérêt n’est plus à démontrer. "


