Nous reproduisons la lettre ouverte au Maire de Rouen d'un conseiller de quartier très impliqué depuis 8 ans dans la démocratie locale, conseiller sur le quartier Vieux marché Cathédrale et qui explique les raisons pour lesquelles il jette l'éponge et considère que nous vivons un "assèchement de la démocratie locale" du au recul de la municipalité sur cette question.
Rouen le jeudi 15 mars 2007
Lettre ouverte à M Pierre Albertini, Maire de Rouen
Yves Peuziat
78, rue des Carmes - Rouen
Monsieur le Maire,
Demain, je ne serai plus conseiller de quartier. Je jette l’éponge.
Membre actif de l’ADELS (Association pour la Démocratie et l’Education Sociale et Locale) depuis 6 ans, conseiller de quartier à Rouen depuis 8 ans, en charge de l’animation d’un groupe de travail reconnu pour sa capacité à initier du débat, je ne me suis pas réinscrit au cours de la campagne de renouvellement qui vient de s’achever. Une raison majeure à cela : le recul de la Municipalité, depuis 2005, en matière de Démocratie Locale.
Toutes les collectivités qui, du fait de la loi de Février 2002, doivent mettre en place des moyens permettant d’associer les citoyens à la décision publique rencontrent peu ou prou des difficultés dans la définition d’un tel espace réellement identifiable et efficace. Pour autant, cette réelle difficulté ne doit pas légitimer un recul vers moins de concertation. C’est malheureusement le cas à Rouen où un assèchement démocratique est en cours.
La réelle promotion de la visibilité des conseils de quartier à Rouen est aujourd’hui menée dans un cadre conférant à ceux-ci uniquement un rôle consultatif et une mission de réflexion. Ces instances sont ainsi renvoyées dans la sphère associative et deviennent difficilement distinguables des associations 1901, de quartier par exemple, en étant privées de jouer le rôle souhaité par les conseillers, celui d’acteurs de la concertation vers une démocratie plus délibérative.
Cette dérive, concrètement, au quotidien des conseils de quartier, se traduit, depuis 2005 :
-d’abord, par l’absence totale d’investissement municipal dans les projets proposés à la concertation en 2004 et les méthodes retenues par l’Observatoire de la Démocratie Locale à partir, en particulier, de l’analyse de l’exemple de la Place des Carmes et du projet Luciline ;
-ensuite, par des modifications organisationnelles de la Démocratie Locale (mise en place de structures fixes et lourdes de réflexion inter-quartier, développement de procédures complexes de saisine du Conseil Municipal, modifications permanentes des chartes de fonctionnement…) au détriment d’une approche fonctionnelle de son intégration aux procédures municipales pour davantage de concertation ;
-enfin, conséquence des deux points précédents, par le détournement des conseils de quartier des problématiques de terrain et de la concertation sur les projets municipaux : ainsi, ces derniers, sont-ils bâtis, essentiellement, par les élus et les services à partir d’une simple écoute des conseillers au même titre que tout citoyen.
La plus-value participative des conseils de quartier est donc en réel recul à Rouen. Les progrès, issus du militantisme des conseillers et de l’investissement de l’élu en charge de cette délégation dans les années 2001/2004, pour plus de concertation sont aujourd’hui en passe d’être anéantis.
Ma non réinscription au conseil de quartier pour un 4ème mandat veut être, aujourd’hui, le modeste signal d’alarme d’un habitant engagé, sur le terrain, dans la promotion de la participation active des citoyens vers davantage de démocratie délibérative dans les décisions des élus concernant la ville, face aux dérives et aux reculs en cours à Rouen.
Vous souhaitant bonne réception, veuillez agréer, M. le Maire, mes respectueuses salutations,